Au tout début du XXe siècle, les Sœurs du Sacré-Cœur de Coutances, à la fois enseignantes et hospitalières, dirigent de nombreux établissements, écoles, hospices, postes de gardes malades…, en Normandie, mais également dans plusieurs départements limitrophes. Depuis plusieurs années, déjà, des mesures successives visent à réduire l’influence des congrégations religieuses en France. L’année 1904 marque un tournant décisif, puisque l’enseignement est à présent interdit aux Congrégations, entraînant la fermeture de nombreuses écoles alors tenues par des religieuses.

C’est dans ce contexte que le directeur de la Compagnie des mines de Marnes, qui aménage un hôpital destiné aux ouvriers d’Auchel (Pas-de-Calais), sollicite les Sœurs du Sacré Cœur de Coutances afin d’assister le docteur Hernu (1849-1920), dans les soins aux blessés. Il s’agit de la première implantation de la Congrégation dans un milieu industriel et ouvrier, dont elles vont découvrir la difficulté du travail minier et les malheurs.
« Leur dévouement au chevet des mineurs blessés vaudrait leur zèle à instruire les enfants »
Le 24 août 1903, cinq premières sœurs arrivent à Auchel. Un traité est alors conclu entre Monsieur Rainbeaux (1834-1916) administrateur, Directeur Général de la Compagnie des Mines de Houilles de Marnes, et la Supérieure Générale de la Congrégation du Sacré Cœur de Coutances. La Compagnie, met à la disposition des religieuses une maison entièrement équipée : lits, meubles, ustensiles et matériel nécessaire. Les sœurs sont nourries, logées, blanchies et éclairées aux frais de la Compagnie qui précise également les modalités de leur mission à l’hôpital d’Auchel.
Placées sous l’autorité du médecin de la Compagnie, elles prodiguent leurs soins aux ouvriers blessés, hospitalisés ou venant pour des pansements. En cas de besoin, l’une d’elles peut également se rendre au domicile des membres du personnel dirigeant pour leur apporter des soins. Pour chaque sœur, la compagnie verse un traitement annuel de deux cent cinquante francs, payé par semestre à l’avance.
Le 1er février 1904, une sœur est affectée au service de la Goutte de lait qui vient d’ouvrir. Cet établissement vise à lutter contre la forte mortalité infantile qui frappe les familles ouvrières en ce début de siècle. Inspiré des travaux de Pasteur (1822-1895), le service propose des consultations médicales assurées par le médecin de l’hôpital ainsi que la distribution de lait. Face à l’affluence croissante, rapidement, une seconde sœur vient renforcer le service.
Du côté de l’hôpital, la fréquentation augmente rapidement en lien avec l’expansion de la mine. Les interventions auprès des blessés sont nombreuses, de jour comme de nuit. Les religieuses font alors preuve d’un grand sens de l’organisation et d’une rigueur exemplaire. Dans un contexte où la médecine progresse et exige un personnel qualifié, certaines sœurs passent le diplôme d’infirmière afin d’acquérir de nouvelles compétences.

En 1912, le docteur et les sœurs de l’hôpital sont confrontés à la catastrophe de La Clarence, un coup de grisou qui fait de nombreux blessés, gravement brûlés. Leur dévouement dans ces circonstances exceptionnelles est unanimement salué, « Et quels blessés ! Quelle vision d’horreur, dont je n’ai point perdu le troublant souvenir et quels soins délicats, vous et vos non moins dévouées compagnes, leur avez prodigués. Hélas ! Presque toujours sans résultat ».
La reconnaissance d’une vie d’apostolat
À partir d’octobre 1914, l’hôpital d’Auchel est réquisitionné pour accueillir les blessés du front de l’Artois et soigner les maladies contagieuses. Durant toute la durée du conflit, les sœurs assurent une présence continue au chevet des malades, suscitant l’admiration du personnel militaire. En 1917, huit religieuses du Sacré Cœur exercent à l’hôpital d’Auchel.

En reconnaissance de leur engagement durant la guerre, trois sœurs reçoivent la Croix de guerre.
Ont été citées à l’ordre n°31 de la Xe Armée du général de Maud’huy, 15 novembre 1914, mesdames :
Marie Leseigneur, Sœur Saint-Théotime, infirmière à l’hôpital des contagieux d’Auchel (Pas-de-Calais) : « S’est consacrée au soin des typhoïdiques de cet hôpital de contagieux, travaillant jour et nuit avec un inlassable dévouement. »
Marie Josèphe Mincent, Sœur Saint-Pierre-Fourrier, infirmière à l’hôpital de contagieux d’Auchel : « S’est consacrée aux soins des typhoïdiques de cet hôpital de contagieux, travaillant jour et nuit avec un inlassable dévouement. »
Joséphine Paulloux, sœur Sainte-Zoé, infirmière à l’hôpital de contagieux d’Auchel : « A aidé avec la diligence la plus éclairée et la meilleure volonté à l’organisation rapide de l’hôpital de contagieux d’Auchel.»

Après la guerre, la Compagnie minière reprend la gestion de l’hôpital et les sœurs reprennent également leurs missions auprès des blessés de la mine. En 1931, une nouvelle distinction vient saluer ces années d’engagement, par la remise de la médaille du travail à la Supérieure, Sœur Sainte Zoé.
En 1939, le départ des Sœurs semble être envisagé, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le repousse. En 1940, les religieuses participent activement au développement d’un service de chirurgie moderne, afin de répondre aux besoins croissants des mineurs et de leurs familles.
Toutefois, en 1954, le manque de personnel contraint la Congrégation à rappeler les sœurs de l’hôpital d’Auchel dans la Manche, « Ainsi, mes chères Sœurs, votre passage à Auchel aura été pour nous un grand bien ».
Pendant cinquante ans, les Sœurs du Sacré Cœur de Coutances se sont entièrement dévouées aux soins de la population minière, suscitant admiration et profond regret lors de leur départ. Cet apostolat témoigne de l’importance des Congrégations hospitalières, dans le souci d’apporter le soin au corps et le salut des âmes.
Thomas Aubin, archiviste