Mormaison fête le Bon Père Monnereau : retour sur les manifestations du centenaire de sa mort en avril 1956 (France)

            Le 26 avril 1856, disparaissait le Bon Père Monnereau, curé des Brouzils et fondateur de la Congrégation des Sœurs des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie. Cent soixante-dix ans plus tard, jour pour jour, l’occasion nous est donnée de nous replonger dans les fêtes du centenaire de sa mort, en avril 1956. Un évènement marquant pour la Congrégation et pour la Vendée, qui contribua à ancrer durablement dans les mémoires l’héritage du fondateur et de ses œuvres.

L’hommage de la Vendée tout entière à ses chères Sœurs de Mormaison

            En ce début du mois d’avril 1956, le voyageur qui passe par Mormaison est surpris par la file d’automobiles et d’autocars venus de toute la Vendée, mais aussi des Deux-Sèvres, de Nantes et des Charentes, stationnant devant la Maison Mère. Le Père Monnereau lui-même aurait sans doute été étonné d’une telle affluence pour commémorer le centenaire de sa disparition.

            Par ces journées, les religieuses des Sacrés-Cœurs souhaitent rappeler et faire connaître la mémoire du « Bon Père Monnereau », comme on l’appelle affectueusement. Curé des Brouzils pendant quarante-deux ans, il fut animé d’un infatigable esprit missionnaire, d’une profonde humilité et d’un cœur de feu.

           Il est le fondateur des « Petites Sœurs de Mormaison », que l’on voit chaque jour sous leur coiffe blanche, leur voile noir, le cœur d’argent sur la poitrine. La Vendée les aime parce qu’elles sont ses enfants et témoigne de leur simplicité et de leur dévouement sans limites auprès des enfants et des jeunes filles, dans les écoles, les maisons familiales, les groupes d’Action catholique ou encore sur les chemins, auprès des malades et des mourants. 

            Exalter le souvenir et les vertus du Père Monnereau c’est aussi retracer l’histoire de toute la congrégation à travers une exposition, présentée en cinq salles et qui a demandé du temps de préparation aux religieuses.

            La première salle, avec le tableau des origines (le Père Monnereau et les premières religieuses) et placée sous l’image du Christ, est consacrée à l’enseignement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 215 établissements, dont 187 écoles primaires (169 en Vendée), 8 cours complémentaires, 4 pensionnats, et un orphelinat, accueillant au total près de 25 000 élèves. Un espace est également consacré au Canada, présentant les œuvres missionnaires : pensionnat, école de 13 classes, 14 écoles de campagne, ainsi que les services rendus auprès des Pères du Saint-Esprit à Montréal et à Saint-Alexandre-de-Gatineau.

            Une autre salle met en lumière les neuf maisons familiales et les œuvres hospitalières, dont 17 maisons de retraite : « Devant vos yeux passent ces diligentes infirmières, qui, à pied, qui en bicyclette, qui en moto, qui en auto, qui en yole se rendent au chevet des malades. Elles sont une centaine, toutes diplômées d’État. »

            Dans une autre salle, sont exposés les objets ayant appartenu au Bon Père, son calice, ses bréviaires, son chapelet, ses vêtements, son bâton, ainsi qu’une fiole contenant une partie du sang, resté liquide et coloré, prélevé peu avant sa mort par son médecin, le docteur Buet.

            Enfin, une dernière salle est consacrée à Madagascar, où près de 21 sœurs œuvrent à l’extension de l’Église auprès des populations locales.

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Témoignages et souvenirs du centenaire

Vu par une Postulante de trois semaines : « Les fêtes du Centenaire ! Quel Centenaire ?… Personne n’ignore plus, en Vendée et aux alentours, qu’on célèbre dans la Communauté des Religieuses des Sacrés-Cœurs de Mormaison le centenaire de la mort du fondateur, le Père Monnereau, et que viennent de se dérouler à la Maison mère des jours inédits, consacrés à la mémoire du Bon Père et à la mise en relief de l’œuvre effectuée, depuis plus d’un siècle, par celles que l’on appelle les petites Sœurs de Mormaison […] le Noviciat a vu surgir mille et une péripéties insolites, car nos salles familières, notre réfectoire, nos cloîtres, nos cours, notre enclos, ont étés témoins muets d’une véritable invasion d’hommes, de femmes et d’enfants, surtout de petites filles accompagnées des Religieuses des Sacrés-Cœurs, venus des quatre coins de la Vendée pour visiter la « gigantesque Exposition du Centenaire ».

Vu par une Juvéniste : « Je puis dire que la note dominante de mon âme dans ces fêtes fut la joie !…joie de passer ensemble, dans la grande famille de l’Epiardière, la fête de Pâques ; joie de voir tant de monde affluer à Mormaison pour exalter le Bon Père Monnereau et entourer les religieuses de sympathie ; joie d’un soleil magnifique, don du Seigneur, si bon pour qui espère en lui ; ce soleil m’a semblé un sourire du Bon Dieu à nos fêtes en l’honneur de son fidèle serviteur…joie de penser que ces jours pouvaient être semence de vocations dans les cœurs généreux ; joie de voir les Sacrés-Cœurs exaltés et leur règne s’affermir et se répandre par le moyen des « petites Sœurs » de Mormaison. Comme j’ai prié pendant ces jours bénis ! Mon âme avait des ailes !… J’ai supplié les Sacrés-Cœurs de répandre leurs grâces sur toutes nos Bonnes Mères, les Religieuses et autres personnes dévouées qui se sont donné tant de mal pour faire du Centenaire une si splendide réussite. […] C’est beau tout de même d’être une Juvéniste ! Qu’on essaie de rire de la « petite Bonne Sœur » ! Je suis fière de mon titre et proclame à qui veut l’entendre que je suis de la famille du Bon Père Monnereau. […] Ces fêtes ont été pour moi une révélation, je l’avoue, de l’esprit de Mormaison. […] À mon insu, je baignais dans cette atmosphère de simplicité que les prédicateurs ont soulignée à l’envi. Puisque j’en ai pris davantage conscience, je veux plus que jamais être de la lignée des « petites Sœurs de Mormaison », en me simplifiant de plus en plus ! »

Vu par une religieuse de Fondation : « Monseigneur clôtura les fêtes en souhaitant aux Sœurs de Mormaison de continuer longtemps encore, dans le diocèse et ailleurs, même très loin si le Bon Dieu le leur demande, leur vie de dévouement à l’Eglise et aux âmes. Devant le succès de ce centenaire, la petite Sœurs de Mormaison se sent fière d’appartenir à cette Congrégation. »

La pièce de théâtre : la vie du Bon Père Monnereau  

            Dans le réfectoire transformé en salle de théâtre, la foule se presse pour assister à une représentation donnée par les Juvénistes de l’Epiardière et quelques novices. À travers une succession de tableaux, la vie du Père Monnereau est mise en scène.

            Les décors, pensés dans les moindres détails, et les jeux de lumière accompagnent le déroulement de cette fresque qui retrace l’existence de Pierre Monnereau et de la fondation de la congrégation ; en voici le récit.

            La pièce débute par une série de scènes évangéliques, centrées sur le Sacré-Cœur, illustrant l’amour de Jésus pour les hommes : la Samaritaine, Marie-Madeleine, les enfants, puis Sainte Marguerite-Marie.

            Puis retentissent les cloches du baptême du petit Pierre, célébré le 29 juillet 1787 à Saint-Martin-des-Noyers. Suivent des scènes de la vie familiale et religieuse, c’est la prière touchante des femmes pendant que leurs maris sont à la guerre. Puis, Maman Marguerite raconte à ses enfants la délivrance de leur père des mains des Bleus, et plus loin, elle fait, à la vieille Mélie, le récit de la vocation de Pierre.

           M. Monnereau arrive aux Brouzils le 14 août 1814, comme curé. On entend les réflexions des gens après son premier sermon : « Notre prêtre est un saint ! » Peu après, il fonde la congrégation.

On assiste à la naissance des premières vocations : deux petites filles, Esther Blé et Adèle Payraudeau, échangent leurs impressions et leurs désirs, tandis que Marie-Charlotte Payraudeau se décide à suivre l’appel du Sacré-Cœur. Malgré les critiques et les oppositions, le Père Monnereau tient bon.

            Plus tard, sa servante Angélique, raconte des traits de sa charité. Un orage symbolise ensuite le transfert de la congrégation à Mormaison, suivi d’un ballet et d’un chant exprimant la joie de Mormaison de l’accueillir. La représentation s’achève par un chœur final devant le tableau des Sacrés-Cœurs laissant l’assistance profondément impressionnée.

            Monseigneur Cazaux prend alors la parole pour exprimer la reconnaissance de tous, remercier la Révérende Mère Supérieure et souhaiter la prospérité à la congrégation.

            Cent soixante-dix ans après la mort du Père Monnereau et bien au-delà des commémorations, son héritage demeure bien vivant.

            Depuis les fêtes du centenaire de 1956, le contexte a certes bien changé, mais la congrégation a toujours su s’adapter, repenser ses missions et parfois se retirer de certaines œuvres.

            L’inspiration fondatrice du Père Monnereau demeure toujours : par une attention privilégiée aux plus fragiles, un engagement dans la santé et l’éducation enraciné dans l’Évangile et une proximité concrète avec les populations locales. Aujourd’hui encore, cet esprit continue d’inspirer et de porter du fruit, pour les religieuses et laïcs associé(e)s à la Congrégation. Ils essaient d’incarner à la manière de Pierre Monnereau l’amour des Cœurs de Jésus et de Marie.

Thomas AUBIN, archives de la congrégation